¶ Dividende citoyen et Fonds citoyen IA
¶ Pas un transfert social, mais une copropriété
L'idée d'un revenu de base inconditionnel sonne comme du socialisme -- l'État taxe, l'État distribue, le citoyen reçoit. Ce réflexe est compréhensible, mais il ignore une alternative décisive : la Suisse n'a pas besoin d'une machine de redistribution. Elle a besoin d'un modèle qui lui corresponde -- décentralisé, coopératif, responsable.
La réponse n'est pas un transfert étatique. La réponse est un dividende citoyen.
¶ La tradition libérale
L'idée n'est ni nouvelle ni de gauche.
¶ Milton Friedman (1962)
Le lauréat du prix Nobel et père du monétarisme a proposé l'impôt négatif sur le revenu : celui dont le revenu est inférieur à un seuil ne paie pas seulement aucun impôt, mais reçoit un versement de l'État. Pas de vérification de ressources, pas de bureaucratie, pas d'assistant social. Friedman ne voulait pas étendre l'État-providence, mais le supprimer -- et le remplacer par un système plus simple, conforme au marché [1].
¶ Friedrich Hayek
L'autre grand libéral du 20e siècle était favorable à un revenu de base pour la même raison : il crée la liberté par rapport à l'État, pas la dépendance. Un filet de sécurité minimal qui ne nécessite aucune bureaucratie et n'impose aucune prescription comportementale [2].
¶ Alaska : la preuve que cela fonctionne
L'Alaska -- l'un des États les plus conservateurs des États-Unis, républicain pur et dur -- exploite depuis 1982 l'Alaska Permanent Fund. L'industrie pétrolière paie des redevances dans un fonds souverain qui gère aujourd'hui plus de 80 milliards de dollars. Chaque habitant de l'Alaska reçoit un dividende annuel -- en 2022, c'étaient 3 284 dollars par personne [3].
Aucun politicien n'a jamais sérieusement proposé de supprimer le fonds. Il a été introduit par un gouverneur républicain et est le programme le plus populaire de l'État. Ce n'est pas de l'aide sociale. C'est une copropriété de la création de valeur du pays.
¶ Norvège : constitution collective de patrimoine
Le Government Pension Fund Global norvégien -- le plus grand fonds souverain au monde avec plus de 1,7 billion de dollars -- est alimenté par les revenus du pétrole et du gaz et appartient au peuple norvégien [4]. Il investit dans le monde entier en actions, obligations et immobilier. La Norvège n'est pas socialiste. C'est l'un des pays les plus compétitifs au monde, avec une économie privée florissante. Le fonds n'est pas un instrument de redistribution, mais de constitution collective de patrimoine.
¶ La tradition coopérative suisse
La Suisse possède quelque chose que ni l'Alaska ni la Norvège ne connaissent sous cette forme : une tradition coopérative vivante.
- Migros : Fondée par Gottlieb Duttweiler. Ne verse pas de dividendes aux actionnaires, mais investit dans des prix bas et le pour-cent culturel pour la collectivité [5].
- Raiffeisen : Troisième groupe bancaire de Suisse, organisé en coopérative.
- Coop, Mobilière : Les entreprises les plus prospères de Suisse sont des coopératives.
Leur logique n'est ni socialiste ni capitaliste au sens anglo-saxon. Elle est typiquement suisse : propriété commune, contrôle décentralisé, responsabilité individuelle.
¶ Le Fonds citoyen IA suisse
Un Fonds citoyen IA suisse serait la continuation logique de cette tradition :
- Financement : Une redevance sur la valeur ajoutée de l'IA -- les entreprises qui remplacent du travail humain par l'IA paient une redevance à hauteur des cotisations salariales économisées.
- Fonds : La redevance n'alimente pas un pot fiscal anonyme, mais un fonds national selon le principe coopératif. Le fonds investit dans l'infrastructure IA, les centres de données, les brevets, les participations dans des entreprises suisses d'IA.
- Dividende : Chaque citoyen suisse est actionnaire. Le rendement du fonds détermine le montant du dividende -- pas un politicien, pas un parlement, pas un gouvernement.
- Indépendance : La gestion du fonds est indépendante, sur le modèle de la Banque nationale suisse (BNS), délibérément soustraite à la politique au quotidien [6].
- Fédéralisme : Le versement passe par les cantons. Les modifications du taux de redevance ou des statuts du fonds sont soumises au référendum.
¶ La différence décisive
Un transfert social distribue du revenu -- du haut vers le bas. Un dividende citoyen distribue de la propriété -- chacun possède une part du capital productif de la nation. Le premier crée de la dépendance. Le second crée de la participation.
¶ Trois phases de transition
| Phase | Période | Description |
|---|---|---|
| 1 | 2028--2035 | Dividende citoyen en complément de l'AVS (~500 CHF/mois) |
| 2 | 2035--2045 | Dividende croissant intégrant la rente AVS (2 500 CHF/mois) |
| 3 | À partir de 2045 | Remplacement complet de l'AVS, AI, aide sociale par le dividende universel |
¶ L'empirie : le RBI ne rend pas paresseux
- Finlande (2017--2018) : Les bénéficiaires étaient plus heureux, en meilleure santé et tout aussi souvent actifs que le groupe témoin [7].
- Stockton, Californie (2019--2021) : L'emploi à plein temps est passé de 28 à 40 pour cent. L'argent a donné aux gens la sécurité nécessaire pour prendre des risques [8].
Il est révélateur que ce soient précisément ceux qui font avancer l'automatisation -- Sam Altman, Elon Musk, Bill Gates -- qui réclament le plus fort un RBI. Ce ne sont pas des rêveurs sociaux. Ils connaissent les chiffres.
¶ Conclusion
Ce modèle est le contraire du socialisme. Il retire à l'État le contrôle de la distribution et le donne aux citoyens -- en tant que propriétaires, pas en tant que quémandeurs. Il combine la nécessité budgétaire d'un dividende citoyen avec la culture politique de la Suisse.
¶ Sources
[1] Friedman, Milton: Capitalism and Freedom. University of Chicago Press, 1962.
[3] Alaska Permanent Fund Corporation: Annual Report 2022.
[4] Norges Bank Investment Management: Government Pension Fund Global, Annual Report 2023.
[5] Fédération des coopératives Migros : Rapport annuel et pour-cent culturel.
[6] Banque nationale suisse (BNS) : Bases juridiques et indépendance.