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Règles en matière d'aides d'État et souveraineté cantonale

Résumé : Les Bilatérales III introduisent pour la première fois des règles sectorielles en matière d'aides d'État dans les domaines du transport aérien et terrestre ainsi que de l'électricité. Les critiques craignent que ces règles ne restreignent la politique cantonale de subventions et ne portent atteinte au fédéralisme suisse. Les partisans soulignent que les règles sont limitées à trois secteurs et qu'il ne s'agit pas d'une application générale du droit européen des aides d'État.


Que sont les règles en matière d'aides d'État ?

Le droit européen des aides d'État interdit en principe les subventions étatiques qui faussent la concurrence dans le marché intérieur. Il réglemente les conditions dans lesquelles des fonds publics peuvent être versés aux entreprises [5][3].

Dans le cadre des Bilatérales III, des règles sectorielles en matière d'aides d'État sont introduites dans trois domaines [5] :

  • Transport aérien : règles relatives au soutien étatique des compagnies aériennes et des aéroports
  • Transport terrestre : règles pour le transport routier de marchandises et le transport ferroviaire
  • Électricité : règles pour le secteur de l'énergie

Le point de critique

Souveraineté cantonale

Les cantons disposent en Suisse de compétences étendues en matière de promotion économique et de politique de subventions. Les critiques argumentent [1] :

  • Les règles de l'UE en matière d'aides d'État pourraient restreindre les programmes cantonaux de subventions dans les secteurs concernés [1]
  • La tradition suisse de promotion économique décentralisée serait affectée par un cadre réglementaire centraliste de l'UE [1]
  • La concurrence fiscale entre les cantons -- un pilier fondamental du fédéralisme suisse -- pourrait à long terme être mise sous pression si le droit européen des aides d'État créait un précédent [1]
  • Quatre cantons ont émis des réserves lors de la consultation, notamment en raison des règles sur les aides d'État [5]

Le problème de l'AccInst

Les règles en matière d'aides d'État étaient l'un des trois points d'achoppement ayant conduit à l'échec de l'accord-cadre (AccInst) en mai 2021. La Suisse craignait qu'un droit général des aides d'État ne restreigne la politique fiscale cantonale [5].


Les contre-arguments

Limitation sectorielle

Les partisans soulignent que les règles en matière d'aides d'État sont limitées à trois secteurs et qu'il ne s'agit pas d'une application générale du droit européen des aides d'État [3][5] :

Domaine Règles sur les aides d'État Droit général de l'UE sur les aides d'État
Transport aérien Oui (sectoriel) Non
Transport terrestre Oui (sectoriel) Non
Électricité Oui (sectoriel) Non
Tous les autres domaines Non Non

Pas de concurrence fiscale affectée

Les règles sectorielles en matière d'aides d'État ne concernent pas la politique fiscale cantonale. Elles régissent exclusivement les subventions étatiques directes aux entreprises dans les trois secteurs mentionnés [3][5].

Succès de négociation par rapport à l'AccInst

Par rapport à l'AccInst ayant échoué, die Schweiz a pu considérablement réduire le champ d'application des règles sur les aides d'État. L'AccInst aurait prévu un droit complet des aides d'État pour tous les accords d'accès au marché [5].


Préoccupations de la consultation : cantons et économie

La consultation (automne 2025) a révélé des préoccupations spécifiques dépassant la critique générale.

Banques cantonales et garanties étatiques

Le Centre demande une autorité indépendante pour la surveillance des règles en matière d'aides d'État et exprime des inquiétudes quant aux conséquences sur les garanties étatiques cantonales -- en particulier celles des banques cantonales [11].

Les partisans soulignent que les règles sectorielles sur les aides d'État se limitent au transport aérien, terrestre et à l'électricité et ne concernent pas le secteur bancaire [3][5].

Énergie hydraulique et droits souverains cantonaux

Le canton d'Uri exige dans sa réponse à la consultation des garanties explicites pour les redevances hydrauliques et le droit de retour (Heimfall) [12]. Uri craint une extension des règles d'aides d'État au domaine de l'énergie hydraulique [12].

Le Bundesrat a répété que l'accord sur l'électricité ne touche pas la souveraineté cantonale sur l'énergie hydraulique [5].

Absence de la double majorité (Ständemehr)

Les Bilatérales III sont soumises au référendum facultatif (majorité populaire simple), et non au référendum obligatoire (double majorité du peuple et des cantons) [5]. Le prof. Andreas Glaser (Université de Zurich) a soulevé la question de la compatibilité avec l'art. 121a al. 4 Cst., selon lequel « aucun traité international contrevenant à cet article ne peut être conclu » [13].

Le Bundesrat a examiné et confirmé la conformité constitutionnelle [5].


Références

[1] UNSER RECHT (2026). Bilatérales III -- de quoi s'agit-il ? Plateforme d'information. [Open Access]

[3] DFAE (2026). Fiche d'information : éléments institutionnels. Département fédéral des affaires étrangères. [Open Access]

[5] DFAE (2026). Paquet Suisse-UE (Bilatérales III). Département fédéral des affaires étrangères. [Open Access]

[11] Le Centre (2025). Prise de position sur le paquet Suisse-UE. Le Centre.

[12] Canton d'Uri (2025). Réponse à la consultation sur le paquet Suisse-UE. Conseil d'État du canton d'Uri.

[13] Glaser, Andreas (2025). « Bilatérales III » et art. 121a al. 4 Cst. Jusletter. [Open Access]


Dernière mise à jour : mars 2026