Résumé : Le rôle de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) dans la procédure de règlement des différends des Bilatérales III est chargé d'émotion. Les critiques parlent de « juges étrangers » qui tranchent des affaires suisses. Les partisans soulignent que la CJUE interprète uniquement le droit de l'UE -- sans l'appliquer -- et que le tribunal arbitral reste composé paritairement.
La CJUE est un organe de l'Union européenne. Dans la procédure de règlement des différends des Bilatérales III, elle rend des décisions préjudicielles contraignantes sur l'interprétation du droit de l'UE (-> Procédure de règlement des différends). Les critiques argumentent [1] :
Le slogan « juges étrangers » a des racines profondes dans l'histoire suisse -- il renvoie au principe fondamental de l'autodétermination et au rejet de toute juridiction étrangère. L'UDC a fait de cet argument l'instrument central de mobilisation contre les Bilatérales III [1].
La Prof. Astrid Epiney (Université de Fribourg) souligne que le rôle de la CJUE est clairement limité [2] :
| Fonction | CJUE | Tribunal arbitral |
|---|---|---|
| Interprétation du droit de l'UE | Oui (contraignante) | Non |
| Application au cas concret | Non | Oui |
| Décision globale du litige | Non | Oui |
| Contrôle de proportionnalité | Non | Oui |
| Fixation des sanctions | Non | Oui |
La CJUE répond à une question de droit -- le tribunal arbitral tranche le litige. Le contrôle de proportionnalité -- c'est-à-dire la mise en balance politiquement la plus pertinente -- relève exclusivement du tribunal arbitral paritaire [2][3].
La Prof. Epiney argumente que la CJUE n'est pas le « tribunal de la partie adverse », mais le « tribunal du marché intérieur ». Sa mission est d'assurer l'interprétation uniforme du droit de l'UE -- une fonction dont la Suisse profite également lorsqu'elle participe au marché intérieur. Il n'existe « aucun indice » que la CJUE statue systématiquement contre la Suisse [2].
La CJUE n'est saisie que lorsqu'un différend concerne l'interprétation d'un acte juridique de l'UE intégré dans les accords et que cette interprétation est pertinente et nécessaire pour la décision. Exceptions importantes [2] :
Les États de l'EEE/AELE (Norvège, Islande, Liechtenstein) sont soumis à la Cour AELE, qui s'aligne sur la jurisprudence de la CJUE. Ce système fonctionne depuis plus de 30 ans [3].
Dans la procédure de décision préjudicielle de la CJUE, la Suisse bénéficie des mêmes droits procéduraux que les États membres de l'UE et les institutions de l'UE. Elle peut déposer des observations et défendre sa position [2].
| Argument | Critiques | Partisans |
|---|---|---|
| Partialité de la CJUE | Organe de l'UE = partial | Tribunal du marché intérieur, aucune preuve de partialité |
| Effet contraignant | Restreint le tribunal arbitral | Uniquement interprétation, pas application |
| Réciprocité | Fait défaut | La Suisse a les mêmes droits procéduraux que les États de l'UE |
| Alternative | Les comités mixtes suffisent | Une solution politique n'est pas une protection juridique |
[1] UNSER RECHT (2026). Bilatérales III -- de quoi s'agit-il ? Plateforme d'information. [Open Access]
[2] Prof. Astrid Epiney (2025). Règlement des différends dans le cadre des Bilatérales III. UNSER RECHT / Jusletter. [Open Access]
[3] DFAE (2026). Fiche d'information : éléments institutionnels. Département fédéral des affaires étrangères. [Open Access]
Dernière mise à jour : mars 2026