Les calculs suivants utilisent exclusivement des données publiquement accessibles. Ils invitent à refaire le calcul soi-même -- étape par étape, sans alarmisme, sans embellissement.
L'OFS dénombre fin 2024 environ 5,5 millions d'actifs. Le salaire médian s'élève à 7 024 francs bruts par mois -- environ 84 000 francs par an. [1]
Sur chaque franc de salaire brut, des prélèvements s'appliquent -- presque la moitié :
Avec un salaire moyen de 84 000 francs, cela représente environ 40 000 francs par poste et par an en assurances sociales et impôts. Multiplié par 5,5 millions de postes : 220 milliards de francs par an -- l'ensemble du financement étatique dépendant des salaires en Suisse. [2]

Le KOF ETH Zurich, McKinsey et Avenir Suisse ont analysé le paysage professionnel suisse. Le schéma est clair : le travail cognitif routinier est touché en premier, le travail créatif et physiquement exigeant en dernier. [3] [4]
Première vague (jusqu'en 2032) : Employés administratifs, comptables, caissiers, agents de centres d'appels, traducteurs, conseillers fiscaux. Le KOF ETH a mesuré dès les huit premiers mois suivant le lancement de ChatGPT un recul des offres d'emploi pour programmeurs de 20 pour cent et pour la génération d'images de 17 pour cent. Avenir Suisse chiffre le nombre de travailleurs de bureau en concurrence directe avec l'IA à 490 000. [5]
Deuxième vague (2033--2040) : Employés de banque, experts en assurance, radiologues, juristes de routine, graphistes, journalistes d'information. Des métiers qui exigent du jugement -- mais un jugement fondé sur la reconnaissance de motifs.
Troisième vague (à partir de 2040) : Programmeurs, logisticiens, en partie enseignants et médecins. Les artisans, le personnel soignant, les travailleurs sociaux et les créatifs restent protégés le plus longtemps.
McKinsey estime que 46 pour cent de toutes les heures de travail en Suisse seraient d'ores et déjà automatisables. [3] Hypothèses plus conservatrices :
De nouveaux postes dans le secteur de l'IA compensent environ 10 pour cent des pertes. Parmi les personnes déplacées, environ 40 pour cent trouvent un emploi équivalent, 30 pour cent un emploi moins bien rémunéré, 30 pour cent deviennent durablement sans emploi.

Chaque poste net supprimé coûte doublement : des recettes manquées (40 000 francs) plus des coûts sociaux supplémentaires pour les personnes durablement sans emploi (environ 45 000 francs par personne pour l'AC, l'aide sociale, les coûts de santé, la reconversion).
| Année | Postes nets supprimés | Recettes manquées | Coûts sociaux | Déficit annuel |
|---|---|---|---|---|
| 2032 | 636 000 | 15 mrd | 9 mrd | 24 mrd CHF |
| 2040 | 1 640 000 | 39 mrd | 22 mrd | 61 mrd CHF |
| 2050 | 2 000 000 | 48 mrd | 27 mrd | 75 mrd CHF |
75 milliards sont le déficit en francs actuels. Mais les salaires augmentent, et avec eux les prélèvements manqués par poste. La BNS prévoit pour 2025--2027 une inflation de 0,2 à 0,6 pour cent. Le FMI prévoit pour 2028--2030 0,7 pour cent. À long terme : 1,5 pour cent par an. [6] [7]
Cumulé, cela donne jusqu'en 2050 un facteur de correction salarial de 1,545. De 75 milliards de déficit réel deviennent 116 milliards de déficit nominal.
Ce qui plaide en faveur : Les taux d'automatisation sont inférieurs au potentiel McKinsey de 46 pour cent. Le vieillissement démographique est mathématiquement certain -- les baby-boomers sont nés, leur retraite n'est pas un scénario mais une date. L'industrie horlogère a perdu plus de 60 pour cent de ses emplois en 15 ans lors de la crise du quartz.
Ce qui plaide contre : De nouveaux métiers apparaîtront. La réglementation et les syndicats ralentissent l'adoption. Les gains de productivité génèrent de la croissance. Le marché du travail suisse est plus flexible que la plupart.
Évaluation sobre : Le pronostic de 75 à 116 milliards de francs de déficit annuel d'ici 2050 est réaliste et plutôt conservateur. La plus grande incertitude réside dans la vitesse.

[1] Office fédéral de la statistique OFS : Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS) 2022. Salaire médian 7 024 CHF/mois.
[3] McKinsey Global Institute: A Future That Works: Automation, Employment, and Productivity. 2017.
[4] Frey, Carl Benedikt; Osborne, Michael A.: The Future of Employment: How Susceptible Are Jobs to Computerisation? Oxford Martin School, 2013.
[5] KOF ETH Zurich : Effets de l'IA générative sur le marché du travail suisse. 2024. Avenir Suisse : Rapport structurel 2024.
[6] Banque nationale suisse BNS : Prévision d'inflation, décembre 2025.
[7] Fonds monétaire international FMI : World Economic Outlook, projections d'inflation 2028--2032.