Géopolitique -- Qui contrôle l'AGI contrôle le monde
La nouvelle course aux armements
La course géopolitique à l'intelligence artificielle générale (AGI) est la rivalité stratégique déterminante du 21e siècle. Elle n'a pas lieu entre des armées, mais entre des centres de données [1].
| Acteur | Investissement IA (2024) | Avantage |
|---|---|---|
| USA (privé) | >200 mrd USD | Capital, talent, écosystème |
| Chine (étatique) | >50 mrd USD | Données, contrôle, vitesse |
| UE | ~20 mrd USD | Régulation, valeurs |
| Suisse | ~2 mrd CHF | Recherche, qualité, neutralité |
Les États-Unis dominent par le capital privé (OpenAI, Google, Anthropic, Meta). La Chine domine par la volonté étatique et l'accès à 1,4 milliard de sources de données. L'Europe régule. La Suisse cherche sa place [2].
Pourquoi l'AGI change tout
L'AGI n'est pas simplement une IA meilleure. C'est une rupture qualitative. Une AGI pourrait :
- Concevoir des armes que personne d'autre ne peut contrer
- Pirater n'importe quel système informatique existant
- Optimiser une économie entière en temps réel
- Développer des technologies que les humains ne peuvent pas comprendre
La puissance qui découle de l'AGI rend la bombe atomique géopolitiquement modeste en comparaison. La bombe détruit. L'AGI contrôle [3].
La neutralité suisse à l'ère de l'AGI
La neutralité suisse a fonctionné dans un monde d'États-nations avec des armées conventionnelles. Dans un monde où deux ou trois entreprises contrôlent l'AGI, la neutralité perd son sens traditionnel [4].
Scénario : OpenAI (USA) développe la première AGI. Le gouvernement américain la classe « strategic national asset ». L'accès est limité aux alliés. La Suisse, neutre, n'est pas un allié. Résultat : la Suisse est exclue de la technologie la plus puissante de l'histoire.
Contre-scénario : La Suisse utilise sa position neutre pour accueillir une autorité internationale de contrôle de l'AGI -- à Genève, ville de la Croix-Rouge, de l'OMS, de l'OMC. La neutralité devient un atout, pas un handicap.
Genève comme siège de l'AIAA
Une Agence internationale de l'intelligence artificielle (AIAA), calquée sur l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique), pourrait :
- Surveiller le développement de l'AGI
- Imposer des standards de sécurité
- Garantir que l'AGI ne soit pas monopolisée
- Arbitrer les conflits entre États et entreprises
Genève est le lieu naturel. La Suisse a l'expertise diplomatique, la neutralité et l'infrastructure. C'est peut-être la contribution la plus importante que la Suisse puisse apporter au monde de demain [5].
Les risques de l'inaction
Si la Suisse ne se positionne pas :
- Elle dépendra d'AGI développées à l'étranger, soumises à des juridictions étrangères
- Ses entreprises seront contraintes d'utiliser des outils dont elles ne contrôlent ni le code ni les données
- Sa souveraineté numérique sera une fiction
- Son secteur financier, sa recherche et son industrie perdront leur avantage compétitif
La neutralité n'est pas une excuse pour l'inaction. C'est une responsabilité.
Bibliographie
[1] Schmidt, Eric / Allison, Graham : The Age of AI and Our Human Future. Little, Brown, 2021.
[2] Stanford HAI : AI Index Report 2024. aiindex.stanford.edu.
[3] Bostrom, Nick : Superintelligence: Paths, Dangers, Strategies. Oxford University Press, 2014.
[4] Diplomatie suisse : Politique étrangère numérique de la Suisse. DFAE, 2024.
[5] Genève internationale : Geneva as a Hub for AI Governance. UNIGE, 2024.