Après la lecture, l'écriture, le calcul et les compétences numériques de base, la compétence en IA devient la cinquième compétence culturelle. Qui ne comprend pas comment un algorithme prend des décisions, quelles données il utilise et où se trouvent ses limites, ne peut agir de manière éclairée ni en tant que citoyen ni en tant que salarié.
La Suisse a l'opportunité de fixer des normes mondiales en matière de formation à l'IA -- si elle investit maintenant.
La compétence en IA n'est pas un cours de programmation. Il s'agit de :
Le KOF ETH a mesuré : dans les huit premiers mois suivant le lancement de ChatGPT, les offres d'emploi pour programmeurs ont chuté de 20 pour cent et pour la génération d'images de 17 pour cent [1]. Avenir Suisse chiffre le nombre de travailleurs de bureau en concurrence directe avec l'IA à 490 000 [2]. Ce ne sont pas des chiffres pour 2040 -- c'est maintenant.
Qui quitte aujourd'hui le secondaire sans compétence en IA entre dans un marché du travail qui change plus vite que toute reconversion antérieure ne peut le rattraper.
L'ETH Zurich et l'EPFL doivent devenir des centres nationaux de compétences pour la formation en IA [3]. Cela ne signifie pas seulement recherche de pointe, mais aussi :
La demi-vie du savoir professionnel diminue. Ce qui est appris aujourd'hui sera partiellement obsolète dans cinq à dix ans. Cela ne concerne pas seulement les métiers informatiques, mais aussi les juristes, les médecins, les ingénieurs et les artisans qui travaillent de plus en plus avec des outils assistés par l'IA.
Le système de formation duale de la Suisse -- la combinaison de pratique en entreprise et de théorie scolaire -- est un avantage concurrentiel [4]. Il est plus flexible que les systèmes purement académiques et peut intégrer plus rapidement des modules d'IA dans les programmes existants. Les associations professionnelles, les organisations de branche et les entreprises sont directement impliquées.
Le plus grand défi ne concerne pas les jeunes, mais la génération 40+. Les employés administratifs, comptables et analystes qui exercent le même métier depuis vingt ans ont besoin de voies de reconversion réalistes -- pas de bootcamps de six mois déconnectés de la réalité du travail.
La Suisse dépense aujourd'hui environ 40 milliards de francs par an pour la formation [5]. Un renforcement ciblé des moyens pour la formation en IA et la reconversion -- estimé entre 500 millions et 1 milliard de francs par an -- serait, au vu des risques budgétaires liés aux suppressions d'emplois, un investissement et non une dépense.
Une application particulièrement prometteuse de la formation en IA réside dans la démocratie. Si les citoyens peuvent accéder avant chaque votation à des évaluations d'impact compréhensibles et assistées par l'IA, cela améliore la qualité des décisions démocratiques (voir Démocratie).
La condition préalable est que la population puisse évaluer de manière critique les informations générées par l'IA. Sans compétence en IA, l'évaluation d'impact par IA devient un oracle auquel on fait aveuglément confiance -- le contraire d'une démocratie éclairée.
La Suisse peut apprendre de ces modèles -- et les combiner avec sa force en formation professionnelle.
La formation en IA n'est pas une question de niche pour informaticiens. C'est la condition pour que la population suisse puisse saisir les opportunités de l'IA et contrôler ses risques -- en tant que salariés, entrepreneurs et citoyens.
[1] Gmyrek, P. et al.: Generative AI and Jobs. KOF ETH / ILO Working Paper, 2023.
[2] Avenir Suisse: Numérisation et marché du travail suisse, 2024.
[3] Conseil fédéral suisse : Stratégie Intelligence artificielle, 2024.
[5] Office fédéral de la statistique (OFS) : Dépenses publiques de formation en Suisse, 2023.
[6] University of Helsinki / Reaktor: Elements of AI.