Souveraineté numérique de la Suisse
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Le problème concret : Office 365 dans l'administration publique suisse
L'administration fédérale suisse, une majorité des administrations cantonales et de nombreuses communes travaillent aujourd'hui avec Microsoft 365 — courriel (Exchange Online), documents (Word, Excel, PowerPoint dans le cloud), messagerie (Teams), partage de fichiers (OneDrive, SharePoint), gestion d'identité (Entra ID, anciennement Azure AD). Ces services sont exploités par Microsoft Corporation à Redmond, Washington, USA. Les copies suisses des données sont stockées dans les régions de centres de données «Switzerland North» (Zurich) et «Switzerland West» (Genève).
À première vue cela ressemble à de la souveraineté : données sur sol suisse, contrats avec des filiales suisses, certifications (ISO 27001, FedRAMP, BSI C5).
Juridiquement, cette souveraineté n'est pas exécutable. Trois leviers du droit américain dépassent la localisation :
- CLOUD Act (18 U.S.C. § 2713) : les autorités américaines peuvent contraindre Microsoft Corporation à Redmond à remettre des données en sa «possession, garde ou contrôle» — peu importe que les données soient à Zurich, Francfort ou au Texas.
- FISA Section 702 (50 U.S.C. § 1881a) : la NSA peut contraindre Microsoft à livrer les communications de personnes non américaines — sans mandat individuel, sans que Microsoft puisse informer le client suisse.
- National Security Letters (18 U.S.C. § 2709) : le FBI peut exiger des données de connexion, régulièrement avec une ordonnance de bâillon.
La Chancellerie fédérale a attribué en 2021 le programme «Services cloud de l'administration publique» à cinq hyperscalers américains (AWS, Microsoft, Google, Oracle, IBM). Le PFPDT a signalé la problématique structurelle dans plusieurs rapports d'activité — sans changement de politique.
Ce wiki documente la mécanique de cette dépendance, sa dimension d'exécution suisse, les limites juridiques et une recommandation législative concrète (LFSN — Loi fédérale sur la souveraineté numérique).
À propos de ce chapitre
Ce chapitre est un ouvrage de référence factuel — un bilan sourcé de la souveraineté numérique de la Suisse, dans la tension entre la collecte transatlantique de données, la pratique d'exécution suisse et les outils logiciels propriétaires.
Chaque page suit une structure en huit parties (En trois phrases / Mécanique / Sources / Conséquences pour la Suisse / Conclusion logique / Conséquences pour la législation / Pour aller plus loin / État et versionnement) et repose exclusivement sur des sources primaires.
Sections
- Mécanismes de collecte des données — Sélecteur, FISA 702, Cloud Act, hyperscalers, PRISM, Incidental Collection
- La machinerie d'exécution suisse — LRens 2017, SCPT, Renseignement par câble, IASA/INDEX, Liaison Five Eyes, AS-Rens, FBI Legat
- Les outils — Palantir, Cellebrite, Watchlists, Border Search, Palantir-CH
- Protection juridique et ses limites — Schrems II, EO 14086, LRens 63, RGPD 15, FOIA, contentieux ONG
- L'alternative souveraine — Open Source, stack souverain, fournisseurs SaaS, identité, Linux/GrapheneOS, migration
- Loi fédérale sur la souveraineté numérique (LFSN) — Projet législatif complet
- Atelier et points de contact — Fac-similés, glossaire, contacts, listes